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Russie–Afrique : trois ans après le plan de Saint-Pétersbourg, que disent les chiffres de la coopération ?

Plus de 35 000 étudiants africains dans les universités russes, des laboratoires de santé déployés dans onze pays et de nouveaux partenariats dans le numérique,…

Russie–Afrique : trois ans après le plan de Saint-Pétersbourg, que disent les chiffres de la coopération ?
Pelagiya Tikhonova / Sputnik Crediting the source in the following order “photographer’s name/Russia-Africa Summit and Economic and Humanitarian forum host рhoto agency” is mandatory when using the photo

Plus de 35 000 étudiants africains dans les universités russes, des laboratoires de santé déployés dans onze pays et de nouveaux partenariats dans le numérique, l’agriculture et l’industrie. Une étude publiée par la Fondation Roscongress le 28 octobre 2026 dresse le bilan de la coopération scientifique et technologique entre la Russie et l’Afrique. Elle relève des avancées dans plusieurs secteurs, tout en reconnaissant la difficulté à transformer certains accords en projets économiques durables.

À l’occasion du troisième sommet Russie–Afrique, organisé à Moscou les 28 et 29 octobre 2026, la Fondation Roscongress a publié une étude consacrée à la mise en œuvre du plan d’action adopté à Saint-Pétersbourg en juillet 2023.

Le document, long de 19 pages, examine les activités scientifiques, technologiques et industrielles développées au cours des trois dernières années. Il présente les principaux projets engagés, les entreprises présentes sur le continent et les domaines dans lesquels Moscou envisage d’étendre sa coopération.

Le plan d’action 2023–2026 compte 181 points répartis en quatre grands domaines, allant de la politique et de la sécurité aux échanges économiques, scientifiques et culturels.

Une particularité complique toutefois son évaluation : le texte initial ne fixe pas d’objectifs quantitatifs précis. Il définit des orientations, sans établir systématiquement les résultats attendus ni les moyens de mesurer leur réalisation.

Le rapport permet donc de recenser plusieurs initiatives concrètes, mais pas de calculer un taux global d’exécution du plan.

La formation universitaire, un réseau déjà établi

L’enseignement supérieur occupe une place importante dans les relations russo-africaines. Selon Roscongress, plus de 35 000 étudiants africains poursuivent actuellement leurs études dans des établissements russes.

Le Réseau universitaire russo-africain, créé en 2021, regroupe pour sa part plus de 100 universités russes et environ 70 établissements africains. Ses activités comprennent des formations conjointes, des échanges d’enseignants et d’étudiants ainsi que des programmes de recherche.

La présence éducative russe s’étend également aux centres de langue. Le rapport en dénombre dans 27 pays africains.

Depuis 2024, des accords de coopération scientifique et éducative ont été signés avec plusieurs États, notamment le Mali, le Niger, le Burkina Faso et l’Éthiopie. Ils prévoient des échanges universitaires, la formation de spécialistes et le développement de projets de recherche adaptés aux besoins des pays partenaires.

Ces chiffres donnent une indication de l’étendue du réseau éducatif. En revanche, l’étude ne présente pas de données consolidées sur le nombre de diplômés retournant travailler dans leurs pays d’origine, leur insertion professionnelle ou les emplois créés grâce à ces programmes.

Santé et agriculture : des réalisations mesurables

Dans le secteur sanitaire, le rapport fait état de 20 laboratoires mobiles de lutte contre les épidémies déployés dans onze pays africains, avec la participation de l’agence sanitaire russe Rospotrebnadzor.

Ces installations servent notamment à la surveillance des maladies infectieuses, aux analyses biologiques et à la formation de personnel local.

En République du Congo, plus de 100 spécialistes auraient été formés au cours des trois dernières années en épidémiologie, diagnostic de laboratoire et biosécurité. La Guinée, Madagascar, la République démocratique du Congo et l’Afrique du Sud figurent également parmi les pays ayant reçu des équipements mobiles russes.

La coopération pharmaceutique apparaît particulièrement développée en Algérie. Les entreprises russes BIOCAD et GEROPHARM y ont engagé des partenariats avec le groupe public SAIDAL, notamment dans la production de médicaments biologiques et le transfert de technologies de fabrication de l’insuline.

En agriculture, le réseau africain de laboratoires des sols AFRILAB constitue un autre exemple cité dans l’étude.

Développé dans le cadre d’une coopération avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), avec le soutien de l’entreprise russe PhosAgro, ce réseau compte 220 laboratoires répartis dans 54 pays africains, selon les chiffres présentés.

Le programme de formation associé aurait également bénéficié à environ 4 500 agriculteurs dans plus de vingt pays africains.

Il convient de distinguer la participation financière et technique de PhosAgro de la gestion du réseau international, qui repose sur une coopération institutionnelle plus large.

Numérique : les entreprises russes cherchent à élargir leur marché

La cybersécurité est identifiée par Roscongress comme l’un des secteurs les plus développés de la coopération technologique.

Kaspersky, Positive Technologies et StormWall figurent parmi les entreprises citées.

En 2024, Kaspersky a conclu un accord de cinq ans avec AFRIPOL, le mécanisme de coopération policière de l’Union africaine, pour renforcer les capacités de lutte contre la cybercriminalité.

Entre novembre 2025 et mars 2026, l’entreprise a formé plus de 40 représentants des services de sécurité issus de 23 pays africains, selon le rapport.

StormWall fournit, de son côté, des solutions de protection contre les cyberattaques à l’opérateur Africell, dont les réseaux concernés desservent environ 12 millions d’utilisateurs en Ouganda, en RDC, en Gambie et en Sierra Leone.

Le secteur des services numériques connaît également une diversification.

Yango Group, présent dans quatorze pays africains selon Roscongress, développe des activités qui dépassent les services de transport : livraison, outils de paiement, plateformes numériques et solutions destinées aux entreprises.

L’étude évoque une enveloppe de 150 millions de dollars destinée au développement de sa présence sur le continent. Ce montant ne doit pas être interprété comme la valeur de projets entièrement réalisés. Il ne constitue pas non plus, à lui seul, une mesure des investissements technologiques russes en Afrique.

À titre de comparaison, lors du lancement de son fonds international Yango Ventures en mars 2025, l’entreprise avait annoncé un capital initial de 20 millions de dollars, destiné à plusieurs régions du monde, dont l’Afrique. Les deux montants correspondent à des périmètres différents.

Énergie, mines et espace : des projets à différents stades d’avancement

L’étude recense également des activités russes dans des secteurs industriels qui nécessitent généralement des investissements plus importants.

En Égypte, Rosatom participe à la construction de la centrale nucléaire d’El-Dabaa. Le groupe conduit aussi des travaux préparatoires dans le secteur de l’uranium en Namibie et envisage des projets énergétiques dans d’autres pays, notamment au Nigeria et en Ouganda.

Dans le domaine spatial, la Russie a participé au lancement ou au développement de satellites liés à l’Algérie, à l’Égypte, au Nigeria, à l’Angola et au Zimbabwe.

Ces activités concernent principalement l’observation de la Terre, les télécommunications et le développement de compétences techniques.

Le secteur minier présente un autre profil. Les activités recensées comprennent la prospection géologique, les formations professionnelles et l’utilisation de technologies d’exploitation.

En Guinée, Nordgold a mis en place près de la mine de Lefa un centre de formation doté de simulateurs d’équipements miniers, avec une capacité annoncée de plus de 1 300 travailleurs.

D’autres entreprises russes interviennent dans la géologie, la métallurgie et la formation de techniciens.

Le rapport identifie aussi plusieurs possibilités de coopération future, comme les mines automatisées, les jumeaux numériques d’exploitations minières et les équipements commandés à distance.

Il s’agit toutefois de perspectives industrielles. Le document ne permet pas d’établir combien de ces technologies ont déjà fait l’objet d’une implantation commerciale sur le continent.

Mali, Niger et Burkina Faso : des accords, mais peu d’indicateurs économiques

Pour les pays du Sahel, le rapport fait principalement état d’accords éducatifs, scientifiques et de perspectives de coopération industrielle.

Le Mali, le Niger et le Burkina Faso apparaissent parmi les États ayant signé des accords dans les domaines de l’enseignement et de la recherche depuis 2024.

Le Burkina Faso figure également parmi les pays où les chemins de fer russes étudient des possibilités de coopération dans les infrastructures de transport.

Cependant, aucune série statistique détaillée ne permet de mesurer, pour chacun de ces trois pays, les investissements réalisés, les emplois générés ou la valeur économique des projets mentionnés.

Cette absence de ventilation nationale limite les comparaisons et ne permet pas d’établir un bilan économique spécifique de la coopération scientifique et technologique entre la Russie et les États du Sahel à partir de cette seule étude.

Le financement reste l’une des principales difficultés

L’examen des investissements met en évidence une différence entre les projets annoncés et les opérations déjà financées.

Dans le domaine des jeunes entreprises technologiques, Roscongress cite un programme conjoint entre le Fonds russe d’aide à l’innovation et l’Agence sud-africaine d’innovation technologique.

En 2025, trois projets russes ont reçu un total de 75 millions de roubles, dans les domaines des communications satellitaires, du commerce électronique et de la vision par ordinateur.

Cet exemple fournit un montant précis associé à des bénéficiaires et à des activités identifiées.

Le rapport ne présente toutefois pas de total consolidé de l’ensemble des investissements scientifiques et technologiques russes effectués en Afrique entre 2023 et 2026.

Les auteurs mentionnent plusieurs obstacles : les difficultés de financement, les contraintes liées aux sanctions internationales et l’insuffisance de mécanismes permettant de transformer les recherches et formations en activités commerciales.

Ils considèrent que la coopération s’est davantage développée dans la transmission des connaissances que dans leur commercialisation.

Cette distinction occupe une place importante dans leur bilan. Les échanges universitaires, les programmes de formation ou les accords de recherche peuvent être documentés, mais ils ne se traduisent pas nécessairement par une production industrielle ou des revenus identifiables.

Vers un nouveau plan pour 2027–2029

Le rapport recommande de prolonger les coopérations déjà établies et d’encourager le développement de projets industriels conjoints.

Les technologies numériques, la cybersécurité et les engrais sont présentés comme les secteurs les plus avancés. L’énergie, les mines, la métallurgie et les biotechnologies figurent parmi les domaines en développement.

Les transports, les infrastructures et les technologies spatiales sont considérés comme des secteurs offrant des possibilités de coopération supplémentaire.

Ces orientations doivent alimenter les discussions autour du prochain programme de partenariat pour la période 2027–2029.

Trois ans après l’adoption du plan de Saint-Pétersbourg, les données rassemblées par Roscongress décrivent une coopération qui dispose déjà de réseaux universitaires, de projets sanitaires, d’activités industrielles et d’entreprises implantées dans plusieurs pays africains.

Elles ne permettent cependant pas de mesurer avec précision la contribution économique totale de ces activités ni leur répartition entre les différents États partenaires.

Le prochain cycle de coopération pourrait fournir davantage d’éléments de comparaison si les accords s’accompagnent d’indicateurs de financement, de calendriers de réalisation et de résultats publiés.

Pour l’heure, le rapport donne surtout une photographie sectorielle de la présence technologique russe en Afrique, avec des niveaux de réalisation très variables selon les projets.

Maramory Bouka Niaré
Rédacteur en Chef

Sources et méthodologie : Cet article repose principalement sur l’étude Coopération entre la Russie et l’Afrique : mise en œuvre du plan d’action 2023–2026 et perspectives, publiée le 28 octobre 2026 dans le cadre des travaux de la Fondation Roscongress. Les chiffres ont été conservés selon les périmètres indiqués par le rapport. Des informations complémentaires ont été consultées auprès de la FAO, de PhosAgro et de Yango Group. Les données issues du rapport ne constituent pas toutes des statistiques indépendamment auditées.

Consulter l’étude originale (en russe)

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