Le Mali, le Burkina Faso et le Niger continuent de s’appuyer sur le marché financier régional pour financer leurs budgets. Au 30 septembre 2026, leurs encours cumulés de titres publics atteignent 7 758 milliards de FCFA, soit 32,5 % du marché des titres émis par adjudication dans l’UEMOA. Derrière ces montants, les conditions d’emprunt et les échéances de remboursement révèlent des situations différentes.
Le Burkina Faso en tête, le Mali emprunte davantage
Selon les données d’UMOA-Titres, le Burkina Faso détient le plus important encours de dette de marché parmi les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), avec 3 025 milliards de FCFA au 30 septembre 2026. Il devance le Mali (2 610 milliards) et le Niger (2 123 milliards).

Mais sur le seul troisième trimestre 2026, le Mali a davantage sollicité le marché. Bamako a mobilisé 366 milliards de FCFA, contre 327 milliards pour Ouagadougou et 115 milliards pour Niamey.

Ces chiffres témoignent du rôle du marché régional dans le financement des trois États, malgré leur retrait de la CEDEAO en janvier 2025. Les pays de l’AES demeurent membres de l’UEMOA et continuent d’utiliser le franc CFA.
Le Niger emprunte à des taux plus élevés
Les conditions de financement ne sont pas identiques.
Au troisième trimestre 2026, le rendement moyen des obligations à cinq ans s’établissait à 7,35 % pour le Burkina Faso, 7,44 % pour le Mali et 8,21 % pour le Niger.

Pour un emprunt de 100 milliards de FCFA, un point de pourcentage supplémentaire représente, à titre indicatif, un milliard de FCFA d’intérêts annuels en plus.
Le Niger présente également une particularité : seulement 20,4 % de ses titres sont inscrits dans des comptes tenus sur son territoire. Le reste est conservé auprès de teneurs de comptes implantés dans d’autres pays de l’UEMOA, notamment en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso et au Togo.
À l’échelle des trois États, 42,2 % des titres sont inscrits dans des comptes situés hors de l’AES. Ces données ne permettent toutefois pas d’identifier la nationalité des investisseurs finaux.
Elles montrent surtout combien les finances publiques sahéliennes restent intégrées au système bancaire régional.
Plus de 2 170 milliards de FCFA à payer en 2027
Le principal défi se situe dans les remboursements à venir.
D’après les échéanciers d’UMOA-Titres arrêtés au 30 septembre 2026, les trois pays devront assurer en 2027 environ 2 174 milliards de FCFA de paiements, dont 1 742 milliards de principal et 432 milliards d’intérêts.
Le Mali arrive en tête avec près de 865 milliards de FCFA à payer, suivi du Niger (669 milliards) et du Burkina Faso (639 milliards).
Ces sommes ne constituent pas nécessairement de nouvelles dépenses financées par l’impôt. Une partie du principal pourra être remboursée grâce à de nouveaux emprunts. Cette pratique, courante sur les marchés obligataires, expose toutefois les États à un risque lorsque les investisseurs deviennent plus exigeants ou moins nombreux.

Le FMI classe actuellement le Burkina Faso et le Mali en risque modéré de surendettement, contre un risque élevé pour le Niger. Cette dernière classification n’annonce pas un défaut de paiement imminent, mais souligne une vulnérabilité financière plus importante.
Une souveraineté financière encore dépendante du marché régional
Les chiffres d’UMOA-Titres mettent en lumière une réalité économique : les trois pays de l’AES ont besoin du marché financier de l’UEMOA pour assurer une partie importante de leur financement.
Cette dépendance n’est pas nécessairement un problème. L’accès à un marché régional élargit les possibilités d’emprunt et permet de mobiliser l’épargne au-delà des frontières nationales.
La difficulté apparaît lorsque le coût des emprunts augmente ou que les échéances de remboursement deviennent trop rapprochées.
Pour les populations, la question centrale reste l’utilisation de ces ressources. Quelle part des fonds empruntés finance les infrastructures, la santé, l’éducation ou les investissements productifs ? Quelle part sert simplement à rembourser des dettes anciennes ?
Les données d’adjudication ne permettent pas, à elles seules, d’y répondre.
Les prochaines années permettront de mesurer la capacité du Mali, du Burkina Faso et du Niger à réduire leurs coûts de financement et à renforcer leurs recettes publiques sans compromettre les dépenses essentielles.
Sources : UMOA-Titres, Bulletin statistique du troisième trimestre 2026 ; BCEAO ; Fonds monétaire international, évaluations de viabilité de la dette 2025-2026.
Maramory Bouka Niaré
Rédacteur en Chef




