Le « Conseil de paix » de Donald Trump : une initiative unilatérale qui met à l’épreuve l’ordre multilatéral.

À l’approche de la réunion inaugurale du 19 février, le « Conseil de paix » lancé par Donald Trump cristallise déjà de fortes tensions diplomatiques. Présentée à l’origine comme une tentative de médiation pour le conflit de Gaza, l’initiative revendique désormais une portée bien plus vaste : devenir une plateforme mondiale de règlement des guerres. Une ambition qui, dans sa forme actuelle, apparaît surtout comme une remise en cause directe du multilatéralisme tel qu’il s’est construit depuis 1945.

Derrière l’affichage d’un projet pacificateur se dessine en réalité une architecture institutionnelle singulièrement déséquilibrée.

 

Une gouvernance personnalisée qui rompt avec les usages diplomatiques

La charte du Conseil accorde à Donald Trump un pouvoir central quasi absolu. Il est seule habilité à inviter les chefs d’État et peut révoquer un membre sans autre garde-fou qu’un improbable vote aux deux tiers. Cette concentration de l’autorité tranche radicalement avec les principes de collégialité qui régissent les organisations internationales classiques.

Au Brésil, le président Luiz Inácio Lula da Silva a vivement critiqué ce dispositif, dénonçant une tentative de créer une « nouvelle ONU » placée sous la tutelle d’un seul homme. Pour Lula, cette approche incarne un unilatéralisme incompatible avec la Charte des Nations unies et avec l’idée même de gouvernance mondiale partagée.

 

L’Europe majoritairement réticente

Sur le continent européen, l’accueil réservé au projet est largement froid. Seule la Hongrie de Viktor Orbán a officiellement répondu favorablement.

À l’inverse, plusieurs États majeurs de l’Union européenne ont décliné l’invitation, notamment la France et l’Italie. À Rome, le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani a invoqué des obstacles constitutionnels clairs : le droit italien interdit toute adhésion à une organisation dominée par un leadership unique.

À Paris, Emmanuel Macron a réaffirmé son attachement au renforcement des institutions existantes, rappelant que toute initiative de paix crédible doit s’inscrire dans le cadre des Nations unies. Le préambule du Conseil, qui reproche à l’Organisation des Nations unies ses échecs répétés, est perçu à l’Élysée comme une attaque frontale contre le multilatéralisme.

La Norvège, la République tchèque et la Croatie ont également choisi de se tenir à l’écart, formant un front discret mais significatif de refus.

 

L’Afrique tenue à distance

Plus frappante encore est l’absence totale de dirigeants africains parmi les invités de premier plan. Alors même que le continent concentre une part importante des crises sécuritaires actuelles, aucun chef d’État africain ne figure dans la liste officielle.

Cette marginalisation semble liée aux conditions financières imposées par la charte du Conseil. L’obtention d’un siège permanent requiert un droit d’entrée fixé à un milliard de dollars, une somme inaccessible pour de nombreux pays du Sud global. À cela s’ajoute un texte fondateur qui ne fait même pas mention explicite de la situation humanitaire à Gaza, pourtant à l’origine du projet.

L’exclusion de fait de l’Union africaine alimente le sentiment d’une initiative pensée avant tout pour un cercle restreint d’États fortunés.

 

Un club politique plus qu’un outil de paix

L’adhésion de l’Argentine de Javier Milei illustre la ligne idéologique du Conseil, qui attire principalement des dirigeants critiques à l’égard du système multilatéral traditionnel. Mais sans le soutien des grandes démocraties européennes, sans l’Afrique et sans les principaux cadres régionaux, le projet peine à convaincre de sa portée réelle.

L’hésitation de la Roumanie, dont le président Nicușor Dan n’a pas encore confirmé sa participation, symbolise le dilemme de nombreux pays pris entre leur alignement transatlantique et leurs réserves face à un organe dont la légitimité reste fragile.

À ce stade, le « Conseil de paix » apparaît moins comme une nouvelle architecture de sécurité collective que comme l’expression d’une diplomatie transactionnelle, centrée sur la personnalité de son fondateur. Faute d’inclusivité et d’ancrage institutionnel solide, l’initiative risque de demeurer un forum politique parallèle, loin de l’objectif proclamé d’une paix mondiale durable.

 

Maramory Bouka Niaré
Rédacteur en Chef

 

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